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Pays au passé prestigieux, portant sa culture au-delà des mers comme le rappelle le mythe d'Europe et Cadmos, le Liban a vu se succéder civilisations et conquérants. AUX ORIGINES Si l'on ne commence à réellement bien connaître l'histoire du Liban qu'à partir du troisième millénaire, l'implantation humaine dans la région est bien antérieure. En effet, Gebeil (future Byblos) est peutêtre la plus vieille cité du monde. Ses habitants, les Géblites, sédentaires et agriculteurs, vont être amenés à côtoyer des peuples alpins (Sumer), nordiques, puis les peuples sémitiques qui migrent de la presqu'île arabique vers la Méditerranée. Vers le IVe millénaire notamment, c'est l'arrivée des Cananéens, suivis à la fin du Ille millénaire par les Amorrites, cousins nomades des Amoréens établis en Syrie. De cette métamorphose ethnique naîtront les Phéniciens. Ils fondent une série de ports (Tyr en 2750 av. J.-C. d'après Hérodote) et des cités-États souvent rivales mais qui commercent avec leurs voisins. Ils entretiennent de bonnes relations avec l'Égypte. Les Hyksos Le grand bouleversement a lieu vers -1650. Venus de haute Syrie, des conquérants indo-européens, appelés Hyksos - véritables hordes -, envahissent à la fin du XV-IIIe siècle av. J.-C., grâce à leurs chevaux et leurs chars de combat, toute la Phénicie et le nord de l'Égypte. Leur domination va durer un siècle et demi. Les cités deviennent alors vassales de seigneurs qu'elles connaissent à peine. Sidon continue à s'étendre sur les îles méditerranéennes que les Hyksos n'ont pas accaparées et gagne son titre de « Reine des mers ». Le protectorat égyptien Après le déferlement des Hyksos, les Égyptiens reprennent progressivement le dessus. Une ère de prospérité s'ouvre avec la XVIle dynastie des pharaons. Au temps des invasions, les grandes cités sont Tyr, Sidon, Arwad, Ugarit... Elles communiquent entre elles uniquement par voie de mer. La langue est sémite, le dialecte cananéen domine, mais - et c'est une caractéristique de ce littoral - on y parle déjà d'autres langues comme l'akkadien ou l'égyptien. Après les victoires remportées par Touthmôsis III (1450-1484), les liens de vassalité des Phéniciens se renforcent. Ils paient un tribut aux pharaons et mettent leurs navires à leur disposition en cas de guerre. C'est le règne de l'Égypte du Nouvel Empire. Les cités phéniciennes profitent de la paix et deviennent les principales places commerciales (pourpre, verrerie), même si la Crète est un redoutable concurrent. À partir de 1430, les Hittites sont à leur apogée. Ils vont se heurter aux Égyptiens. Les victoires que remporte Séthi le, (1298-1312) sur les Hittites, puis la demi-victoire de Ramsès Il (1235-1298) contre ces mêmes Hittites, donnent plutôt l'avantage aux Égyptiens. Tyr résiste. Il reste comme témoignage de ces combats entre Hittites et Égyptiens deux stèles sur la falaise du Nahr el-Kalb, à une quinzaine de kilomètres de Beyrouth; l'une rappelle le passage de Ramsès 11, l'autre les tentatives de reconquête des Hittites. Enfin, devant une double menace, assyrienne pour les Hittites, achéenne pour les Égyptiens, l'alliance égypto-hittite de 1278 av. J.-C. fait des cités phéniciennes de véritables protectorats égyptiens, ce dont profitent largement - malgré la concurrence des Égéens (Crétois, Mycéniens) - leurs entreprises commerciales. C'est à cette époque (- 1300) qu'apparaît l'alphabet phénicien. Une nouvelle vague d'envahisseurs déferle vers -1200 , ce sont les Peuples de la mer. Sidon est éprouvée, Tyr résiste. Les Philistins balaient les Hittites et déstabilisent les Égyptiens. Commerce et prospérité Au début du xiie siècle av. J.-C., l'Égypte est affaiblie. Sous la conduite de Tyr, qui est devenue la plus importante cité, les marins phéniciens sillonnent les mers et essaiment des comptoirs qui deviendront des colonies. Franchissant les colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar), ils s'établissent vers 1100 à Gadir, la future Cadix. Grâce à la multiplication des échanges commerciaux, la Phénicie connaît une forte expansion économique. La domination assyrienne et le début de la décadence Au milieu du ixe siècle, devant la menace assyrienne, les Phéniciens optent pour la paix achetée (858-824). Cet état de vassalité entraîne, de la part des conquérants, d'insupportables exactions, et en 814, guidée par Didon, une partie de la population de Tyr s'enfuit et fonde Carthage. Cette cité phénicienne moderne, construite pour le commerce et pour la guerre par des émigrés riches d'une expérience millénaire, évince rapidement les autres. Commence alors la décadence des Phéniciens. L'Empire punique remplace l'Empire phénicien et le domine totalement vers la fin du vite siècle. La rivalité entre Sidon et Tyr prive les Phéniciens de toute chance de redressement. Seule à se révolter contre l'Assyrie, Tyr résiste vingtcinq ans avant de tomber. L'affaiblissement de la puissance assyrienne entraîne les Phéniciens à se rebeller. La répression est sans pitié: Sidon est rasée, ses habitants remplacés par des colons chaldéens. La domination babylonienne et perse Vassaux de Babylone après la chute de Ninive (- 612), les Phéniciens se soumettent à un empire perse alors à son apogée, mais l'engagement du roi Xerxès dans la deuxième guerre médique leur inflige de nouveaux déboires. La défaite grecque de Salamine en -480 est chèrement payée par les cités phéniciennes. L'amiral sidonien a malencontreusement engagé sa flotte aux côtés des Grecs ; Xerxès se venge en le faisant décapiter. Face aux épreuves, les Phéniciens restent toujours aussi divisés : Sidon se soumet, tandis que Tyr résiste à Nabuchodonosor Il (562-605) pendant treize ans (574-587). La conquête de Babylone par Cyrus (-539) remplace une hégémonie par une autre. En dépit de leurs revers successifs, les Phéniciens conservent intacte leur réputation de brillants navigateurs. La fin de la puissance maritime Lorsque le roi de Macédoine, Alexandre le Grand (323-356), conquiert l'Orient, l'en-fpire perse des Achéménides s'effondre définitivement. Alexandre sait que Tyr est imprenable. Pour la vaincre, il imagine de priver l'île de son insularité en faisant construire une jetée qui la rattache au continent. L'entreprise réussit et la ville se rend (-332). Les peuples grecs s'allient alors avec les Phéniciens; commerce et échanges s'accroissent. Mais à la mort d'Alexandre le Grand, les Phéniciens renouent avec la domination babylonienne. Situé aux confins du royaume séleucide (Babylone) et des possessions asiatiques de l'Égypte lagide, la Phénicie est un enjeu vivement convoité par les deux dynasties, qui se la disputent. Aussi bien sous l'une que sous l'autre, elle subira au plus haut point l'influence de l'hellénisme, jusqu'à ce que la défaite des Séleucides devant les Romains porte un coup fatal à l'hellénisme en Orient. En attendant, les cités phéniciennes ont perdu leur suprématie sur mer. Alexandrie et Alexandrette, les colonies implantées par Alexandre le Grand, drainent désormais l'essentiel du trafic. La pax romana Carthage, après s'être alliée avec Rome , passe dans le camp de ses adversaires au cours des guerres puniques qui embrasent le pourtour de cette Méditerranée où Phéniciens puis Grecs avaient posé les jalons pour cette même Rome. Aussi, l'échec de la deuxième guerre punique (201-218) signe-t-il le déclin de Carthage. Son siège en -149 et sa destruction en -148 (troisième guerre punique) annoncent l'irrésistible ascension de l'Empire romain. L'instauration de la pax romana profite aux ports phéniciens. Traités en véritables citoyens romains, les habitants disposent d'une autonomie réelle. La domination romaine repose sur la colonisation dans le Houran (à Byblos) et dans la Bekaa (à Baalbek), sur le respect des cités phéniciennes ou sur la création de cités romaines : Béryte(Beyrouth) et ses habitants sont ainsi déclarés citoyens romains. La Phénicie retrouve une prospérité oubliée depuis près de dix siècles. La vie économique s'adapte aux dimensions de l'empire romain. Au verre et à la pourpre s'ajoute une nouvelle industrie : le tissage de la soie. La Bekaa est le grenier de l'empire, Baalbek un marché agricole, Béryte devient un important centre de commerce. Avec son école de droit, c'est aussi un des lieux de la pensée romaine les plus réputés avec Tyr et son centre de philosophie. En 551, un important tremblement de terre suivi par un raz-de-marée met fin au rayonnement de Béryte. Le bouleversement religieux Alors que Byblos et Héliopolis (Baalbek) sont encore célèbres par leurs sanctuaires, fréquentés depuis les temps les plus reculés, le christianisme fait son apparition au Proche-Orient. Saint Paul, de passage à Tyr en 57, y trouve une église et se rend à l'école des stoïciens de Tyr. C'est dans la petite crique de Tabarja près de Byblos que saint Pierre s'embarque discrètement pour Rome. L'Orient tient une place croissante dans la vie des Romains: influence des religions orientales, rêveries, musique... Mais lors de la scission de l'Empire romain, l'Orient passe sous l'autorité byzantine consolidée par l'ascension de Zénobie, reine de Palmyre riche et puissante de 267 à 272. C'est au tour des anciens cultes d'être persécutés, Héliopolis est partiellement détruite. |

